Macron : un accueil délirant en Corse !

Par Leonetti :

Ca y est ! Notre Rastignac du 21e siècle, alias Zeus ou Jupiter, est descendu, non pas de l’Olympe, mais de Cuzzà, petit village du Haut Taravo, lieu, pour quelques heures, d’un événement qui marquait la fin d’un pseudo grand débat lequel, il faut l’avouer, a quelque peu soulevé l’enthousiasme de la majorité des Français et plus particulièrement de la grande majorité des Corses. Notre président s’en est retourné à l’Elysée, pour méditer et prendre les fameuses décisions qui vont apaiser le pays selon les dires de la Macronie et de ses thuriféraires. En tous cas l’accueil que lui a réservé la Corse ne fut pas des meilleurs : opération Isula morta, manifestations syndicales à Ajaccio et Bastia, indifférence  totale pour beaucoup d’insulaires, etc.

Macron a donc parcouru toute la France pour prêcher la bonne parole. Tel un évangéliste, il a parlé pendant 92 heures ! Une vraie logorrhée. Au-delà des chjachjere, le coût du grand débat est évalué à 12 millions d’euros. Une bagatelle en cette période d’abondance. Notre président a dit, répété – sans rire – lors de ses rencontres avec les Français qu’il était à l’écoute du peuple, qu’il comprenait même les cris de désespérance et les revendications des gilets jaunes, mais dans le même temps, pharisien et hypocrite, il donnait l’ordre par l’intermédiaire de son chien de garde, Christophe Castaner, ex socialiste et ex joueur de poker, ministre de l’intérieur, de réprimer sans retenue les manifestations de ces mêmes gilets jaunes. Bilan : des milliers de blessés, des éborgnés, des mutilés à vie par dizaines, des condamnations arbitraires par centaines.

E. Macron

Macron a  donc terminé son séjour à Cozzano. Il a tenu le crachoir pendant près de 4 heures devant des maires – 80 sur 360. C’est déjà dire le succès de cette rencontre en terme de participation. De mauvaises langues ont même susurré qu’on a été obligé de remplir la salle de réunion avec des policiers en civil, du personnel préfectoral, des élus municipaux, etc. !

Qui sont ces maires ? Pour la plupart des gens proche de la Macronie. Des élus ex socialistes, des radicaux, des élus de la droite clanique, des élus qui pratiquent depuis des lustres le clientélisme, avec l’argent des contribuables, des gens de la vieille caste corse, au passé sulfureux. En un mot des représentants qui ont fait du mal à la Corse et aux Corses et accompagné – cela va de soi – toutes les politiques d’austérité et de régression sociale menée depuis des décennies par les différents gouvernements qui se sont succédé. De droite comme d’une pseudo gauche.

Que doit-on retirer de cette fameuse réunion de Cuzzà ? Rien de nouveau sous le ciel du Haut Taravo. Le président – égal à lui-même – s’est livré à un exercice qu’il adore : chjachjerà, chjachjerà. La montagne corse a, elle aussi, accouché d’une souris.

Une chose est certaine. Macron ne changera pas sa politique ultra libérale, au service exclusif des riches et des multinationales. Il continuera avec frénésie ses contre réformes (retraites, chômage, Sécurité sociale, Education nationale), il accentuera la casse systématique et méthodique de tous les acquis sociaux obtenus au cours de décennies de luttes sociales et politiques et des mesures historiques du programme du Conseil National de la Résistance.

Alors à quoi ont servi tous ces grands débats ? A essayer de discréditer le mouvement des gilets jaunes, à asphyxier  toute forme de contestation de la politique du pouvoir. On peut toujours rêver.

On attend avec intérêt et fébrilité les conclusions du « grand débat » et des décisions que le monarque républicain daignera prendre. Ce seront des clopinettes, quelques mesurettes à la marge qui ne remettront pas en cause la politique du pouvoir. En clair cela veut dire : Macron s’assoit sur la question sociale, le pouvoir d’achat – problème particulièrement sensible dans notre île – comme il rejettera la ré-indexation globale des retraites sur le coût de la vie, la réintroduction de l’ISF, la mise en oeuvre du Ric, la lutte contre la fraude fiscale. Il continuera la privatisation des biens communs (barrages hydroélectriques, aéroports de Paris, Sncf, Edf, etc.). Pour la Corse, il fermera les yeux sur la spéculation foncière et immobilière, sur les dérives mafieuses internationales qui commencent à se profiler, etc.

Bien évidemment, il prendra son temps pour annoncer ses mesures. Il est le maître des horloges. Quand ? Après les élections européennes ? Après les vacances estivales ? Ce cinéma ne saurait trop durer. Comme on dit en Corse : « A forza di tira la corda peta ».

Une seule solution. Amplifier et élargir le mouvement de protestation contre le pouvoir politique. Cela suppose la création d’un bloc social et politique pour une alternative radicale au système capitaliste. Croire le contraire, c’est se bercer d’illusion.

Angelo Leonetti

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