A propos de la « Providence » et « l’Etat providence »

Par Jean Alesandri :

Un peu de vocabulaire et quelques réflexions.

Jean Alesandri

Un virus redoutable, dévastateur, qui se rit des frontières et des hommes (le poète aurait dit : « qui se rit d’Esculape et le laisse baba ») et voilà que certains, sur leur chemin de Damas, découvrent le bienfait ou l’intérêt (c’est comme on veut) de l’Etat protecteur à travers ses services publics et ses fonctionnaires. Du coup, ces derniers passent du statut de « privilégiés » à celui de « héros ».

Le président de la République, Monsieur Macron, qui depuis son élection, s’acharne à essayer de détruire ce qui reste des acquis sociaux à la base de notre « modèle social » a même parlé, je crois, d’un   possible retour à certaines nationalisations.

Et les économistes abonnés des plateaux de télévision, héraults de « l’ultralibéralisme », l’autre nom du capitalisme débridé, de reparler « d’ Etat providence ».

« Providence », vous avez dit « Providence » ?… Ouvrons le dictionnaire Larousse à la lettre P.

Providence 

1- Action par laquelle Dieu conduit les événements et les créatures vers la fin qu’il leur a assignée.

2- (Avec une majuscule) Dieu, en tant qu’ordonnateur de toute chose.

3- Personne ou événement qui arrive à point nommé pour sauver une situation ou qui constitue une chance, un secours exceptionnel. 4 – En apposition à un nom, indique sa valeur providentielle :  Etat providence.

Alors regardons maintenant la définition de l’adjectif : « providentiel ».

Providentiel :

1- Qui est dû à l’action de la Providence.

2- Qui semble avoir reçu une mission de la Providence.

3- Qui est à la fois heureux et inespéré.

Donc, si on est logique, en faisant le tri le plus cohérent dans ces diverses définitions, on pourrait dire que l’Etat providence serait un Etat qui semble avoir reçu une mission de la Providence.

D’évidence, cette définition de l’Etat providence ne peut nous satisfaire et nous avançons a contrario celle de l’Etat social de droit.

Donnons la parole à Henri Pena-Ruiz dans son livre « Marx quand même » (Plon) :

« Parler d’Etatprovidence et non d’Etat social de droit, c’est suggérer que les droits sociaux conquis de haute lutte ne sont pas des droits, contrepartie de devoirs effectivement remplis dans la production, mais des cadeaux qui pourraient fort bien ne pas être « accordés ». Vocabulaire humiliant qui change le statut des droits et les rend facultatifs en les représentant comme une assistance providentielle. Qui donne et qui reçoit ? Comme si certains hommes, les capitalistes bien sûr, « donnaient » et d’autres, les prolétaires bien sûr « recevaient » un don unilatéral. Il en va de même du fait de parler d’assistanat à propos de ces mêmes droits. Toujours une connotation humiliante, qui culpabilise et rend débiteur. En réalité, s’il existe des droits, c’est bien parce que des devoirs le leur permettent. Les droits sociaux ne tombent pas du ciel. Ils résultent de cotisations salariales et patronales destinées à les rendre possibles par un partage redistributeur. »

Et toujours du même auteur :

« La grande mystification du jour consiste à faire saisir la rétribution juste du travail et de la richesse qu’il engendre effectivement comme une obole, alors qu’elle n’est en fin de compte qu’une restitution partielle. Il en va de même pour les droits sociaux, rebaptisés « avantages », voire privilèges, alors qu’ils ne sont qu’une forme de salaire indirect, conçu selon les modalités d’une redistribution régie par la solidarité. Ainsi également de la Sécurité sociale. On cotise selon ses moyens, et l’on en use selon ses besoins. Admirable principe de redistribution qui, sans niveler les revenus, met le bien essentiel pour tout homme qu’est la santé hors de portée de la loi du marché, loi cruelle pour les plus démunis. »

L’Etat que dirige monsieur Macron n’est pas un Etat providentiel. Son  président n’est pas une sorte de « divinité » qui accorderait (ou pas)  à ses sujets les bienfaits de sa générosité personnelle.

La mission de ce président, comme des précédents et des futurs d’ailleurs, est très précise. Elle consiste à permettre et garantir que fonctionne au mieux l’Etat social de droit, un acquis dû à des siècles de luttes pour une plus grande justice sociale et l’amélioration de la vie des hommes.

Monsieur Macron l’a peut-être oublié. Alors il nous appartient de le lui rappeler.

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