La gauche éliminée de l’Assemblée territoriale

Par Leonetti :

La vraie gauche n’aura aucun représentant au sein de l’Assemblée de Corse. Son score, 5,68% ! Ce n’est pas le meilleur scenario qui vient de se produire. Notre île serait-elle atteinte du syndrome italien, à savoir la disparition pure et simple de la gauche du paysage politique ?

La liste Pé a Corsica est la grande gagnante du scrutin avec 45,36% des suffrages exprimés. Si on ajoute le résultat obtenu par Core in fronte, la mouvance nationaliste dépasse les 52%.

Les deux listes de la droite classique obtiennent respectivement 15 et 12,8%.  Celle de la République en marche vers le passé, 11,3%.

Le Front national s’arrête à 3,3%. On peut s’interroger sur ce faible score, sachant que Marine Le Pen avait obtenu près de 28%, au premier tour de l’élection présidentielle ! Mais où sont donc passées ces voix et qui en a profité ? La question mérite d’être posée.

Enfin, un parti triomphe, celui des abstentionnistes. Il frise les 48%. Niveau jamais égalé pour des territoriales. Les causes sont probablement à rechercher dans le rejet de la politique politicienne, dans le désarroi et la désespérance qui règnent chez de nombreux insulaires, en particulier parmi les couches sociales les plus défavorisées.

La victoire de Pé a Corsica est sans appel, ni contestation. La mouvance nationaliste et ses dirigeants ont su capter, au fil des années, un profond désir de changement, en particulier chez les jeunes, à partir de revendications pour l’essentiel identitaires. Mais l’euphorie des élections passées, il n’est pas sûr que ces revendications permettront de régler les problèmes de fond qui secouent la Corse, à savoir, le chômage, la création d’emplois utiles, le logement social, la santé, la lutte contre la spéculation foncière et immobilière, l’affairisme, etc. La future majorité sera très vite confrontée à ces problèmes.

Revenons au score de la liste l’Avvene, a Corsica in cumunu, soutenue par la Corse insoumise, le Parti communiste et Manca alternativa/Ensemble. Elle avait un espace remarquable à conquérir. Elle se présentait avec un programme anti austérité, de rupture et de transformation sociale, économique et écologique. Elle n’y est pas parvenue. Elle n’a pas été entendue par les dizaines de milliers de Corses qui vivent dans la souffrance et la précarité.

A chaud, on peut dégager plusieurs causes. Il y a tout d’abord le rôle des media qui ont souvent occulté la présence de cette liste. Il y a les effets dévastateurs de la politique menée par François Hollande et par les pratiques des clans et autres dynasties durant des décennies. Il y a aussi les relations souvent exécrables entre Jean-Luc Mélenchon et les dirigeants du Parti communiste. Enfin, il y a l’attitude à l’égard des insoumis de Corse du même Mélenchon qui n’a pas cessé d’écrire des tweets assassins, peu dignes d’un homme politique de gauche. Cette attitude a sans doute dérouté de nombreux électeurs de gauche et coûté la qualification de la liste l’Avenir, la Corse en commun, pour le second tour des élections territoriales. Disons-le, Jean-Luc Mélenchon a privilégié la mouvance nationaliste au détriment de ses partisans. Il a commencé à faire du nettoyage parmi la France insoumise. Cela n’augure rien de bon pour le futur de la vraie gauche.

Anghjulu Leonetti

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