L’arrogance jacobine du Président Macron

Par Jean Poli  :

Nous savons maintenant qu’Emmanuel Macron, au-delà de son  pédantisme habituel, a choisi l’arrogance jacobine dans les discours qu’il a tenus en Corse.  Les élus ont même eu droit à des vexations, à des manquements au protocole.

Lors de la cérémonie de commémoration de l’assassinat du Préfet Erignac, Gilles Simeoni a été placé au deuxième rang des élus insulaires, eux-mêmes placés à l’écart du carré VIP de la république française.

“Le meurtre du préfet Erignac, une infamie qui a déshonoré à jamais ses auteurs… ne se justifie pas, ne se plaide pas, ne s’explique pas“, a déclaré Macron.  Ce propos n’était pas anodin car tenu devant Gilles Simeoni, ancien avocat d’Yvan Colonna. Propos élyséen que condamnera, dans l’après-midi, le bâtonnier d’Ajaccio, y voyant «une atteinte aussi violente qu’infondée aux droits de la défense». Comment peut-on ainsi attaquer un avocat qui est dans son rôle de défenseur prévu par la Justice? Est-ce digne de la fonction de Président de la république de refuser toute plaidoirie à un mis en cause ? A l’époque la parole élyséenne de Nicolas Sarkozy était-elle celle de la Justice et devait-elle entraîner de facto la condamnation d’Yvan Colonna désigné comme l’assassin avant d’avoir été jugé ? Drôle de conception de la démocratie et de la justice ! Les propos sont allés plus loin lorsqu’il a dit que cet assassinat avait sali la Corse, comme si sa responsabilité devait être assumer par chaque Corse. C’est une humiliation parmi d’autres qu’a infligé Macron aux Insulaires. 

Non seulement Emmanuel Macron a convié Jean-Pierre Chevènement pour la cérémonie commémorant l’assassinat du Préfet Erignac mais il a fait aussi l’éloge de son action en qualité de Ministre de l’Intérieur à l’époque de cette tragédie. Chevènement, ce politicien raté que l’on nous a sorti de la naphtaline pour en faire le président de la Fondation des œuvres de l’islam de France. A son âge il lui fallait encore un fromage.  Sollicité par Macron et une partie de la Presse, il ouvre encore son clapet pour cracher sur les Corses, allant jusqu’à traiter la Corse d’île maffieuse. En Corse, nul n’a oublié que c’est Chevènement qui a nommé le Préfet Bonnet en lui donnant carte blanche et en le désignant comme l’homme de la situation, c’est-à-dire mis en place pour mater les Corses. On connaît la suite et que les enfants même de la république ne doivent pas jouer avec les allumettes. Qui souvient que Macron était dans le sillage du Mouvement chevènementiste des citoyens et de la campagne de Jean-Pierre Chevènement en 2002 ? Il ne récolta qu’un peu plus de 5% et vit donc sa pépinière se vider. On y trouvait, outre Macron, Florian Philippot et Apolline de Malherbe qui se sont distingués dans leurs propos anti-corses. lors du déplacement de Macron  sur l’Île. On y notait aussi la présence d’un certain Eric Coquerel, venu de la ligue communiste révolutionnaire et actuellement député insoumis proche de Jean-Luc Mélenchon. Tout cela figure dans un article du journal L’Opinion.

Jean-Pierre Chevènement, Monsieur Anti-Corse, a été placé au côté de la “Madame Corse du gouvernement”, une illustration du “en même temps” macroniste.

Macron a étalé sa méconnaissance de l’histoire corse. Il a même refusé toute présence de drapeau corse lors de ses interventions publiques. Il a fait l’éloge vibrant du centralisme jacobin. Il a lancé des incantations à la République. Sa religion hégélienne de l’État est affligeante. Cela nous fait penser à un petit roman noir écrit par Jean-Bernard Pouy et portant le titre : “Spinoza encule Hegel”, où les factions philosophico-idéologiques sont constituées en gangs s’entre-tuant dans une vaste compétition nationale. Julius Puech, alias Spinoza, ou même Spino, est le chef de la Fraction Armée Spinoziste (FAS). Armé, monté sur sa Guzzi 850 California, chaussé de bottes en lézard mauve, et poussé par son amour de l’éthique, ce héros va combattre son ennemi de toujours : Hegel et l’esthétique…  Non! En Corse il n’y a pas de  Spino, chef d’une Fraction Armée Spinoziste. Toutefois, l’éthique de chaque insulaire y a une plus grande force que l’esthétique d’une île renvoyée à sa beauté. Les Corses ne se laissent pas abuser par la cosmétique d’un discours égocentrique qui cherche davantage à paraître qu’à comprendre et agir. Macron ne se taillera pas une réputation de “dur-à-cuire” sur le dos des Corses en allant jusqu’à faire fouiller les élus insulaires venus pour l’écouter prononcer un discours paternaliste dans lequel la seule concession est de se dire favorable à la mention de la Corse dans la constitution… La Corse mise au même rang que les territoires d’Outre-mer qui y figurent déjà aux articles 73, 72 et 74. Un avis qui ne coûte rien car la décision dépendra du parlement et du conseil constitutionnel.

En dehors de considérations économiques faites pour affirmer le rôle de l’Etat dans le développement de l’Île et donc marteler la dépendance des Corses, Macron a promis la généralisation du débit 4G pour le réseau Internet. Qu’avons-nous surtout entendu ? Le renforcement de forces de police et de gendarmerie. Rien sur le rapprochement des condamnés corses, malgré l’intervention inattendue de l’épouse d’Yvan Colonna..

Par contre Macron a dit son opposition au statut de résident, tout en voulant assouplir les règles d’urbanisme de la loi sur le littoral et la montagne. Quelques maires veulent accorder plus de permis de construire. Pour qui?  Il faut rappeler qu’un bien immobilier sur deux vendus est acheté  par des “pinzutti” et que de nombreux insulaires n’ont pas les moyens d’être propriétaires devant la spéculation immobilière. Même les locations à l’année se font rares et sont trop chères Pour régler la question du logement – et notamment du logement social – il faudrait, selon Macron, adapter les lois littoral et montagne ! Quelle absurdité !  La loi littorale protège les sites et le bien commun qu’est le Domaine Public Maritime. Elle préserve donc les intérêts collectifs contre la spéculation immobilière. La question du logement est d’abord posée par l’absence de documents d’urbanisme locaux et de maîtrise publique d’opérations d’aménagement. L’OFC et l’AUE ne peuvent agir qu’à l’appui des initiatives de l’Etat, des maires ou des intercommunalités. C’est pourquoi la Collectivité de Corse avait demandé lors des discussions sur la Collectivité unique, la possibilité pour elle d’initier des Projets d’Intérêts  majeurs, des Zone d’Aménagement Concerté, et autres Zones d’Aménagement Différé…. Les ministres Baylet et Cosse avaient répondu favorablement à cette requête. Les dispositions n’ont pas été inscrites dans la Loi NOTRe. Et le ministre qui a pris la suite de ces questions au gouvernement, M. Mezard, n’a pas donné suite à cette demande.

Comme l’a écrit l’association U Levante : “Rien ne justifie un « aménagement » de cette loi pour « libérer du terrain à construire ». Une telle annonce ne peut que réjouir la mafia, le crime organisé, les divers groupes de pression qui espèrent justement que les terres agricoles et les espaces remarquables des communes du littoral deviennent constructibles, permettant ainsi de réaliser une plus-value fantastique” .Adapter la loi littoral c’est renforcer le risque spéculatif. En quoi cela aidera le logement social à moins que les logements sociaux puissent être construits dans des zones inconstructibles et des zones agricoles par exemple. Macron veut-il remettre en cause le Padduc et  donner un signal favorable aux constructeurs de villas les pieds dans l’eau, de villages de vacances et d’hôtels?  Macron voudrait-il rendre légales des constructions illégalement construites comme celles de son ami Pierre Feracci dans la baie de Rondinara? De toute évidence, d’aucuns sont fondés à penser qu’il veut urbaniser le littoral, urbaniser au maximum la Corse et y mettre le maximum de résidences secondaires, ce qu’on a appelé dans les années 90 faire de la Corse le « bronzodrome » de la France. »

Enfin, Macron s’est dit “tout à fait favorable à l’esprit du bilinguisme”, ce qui peut apparaître comme un pas encourageant. À ceci près… qu’il est contre la co-officialité et  qu’il n’est pas possible d’obtenir l’un sans l’autre.   Comme le relève Michel Feltin-Palas dans l’EXPRESS du 7 février dernier: “On aimerait croire en effet que l’on peut arriver à une situation de bilinguisme sans donner des droits égaux à la langue corse et à la langue française. Or, toutes les situations internationales montrent que ce n’est pas le cas, comme on peut le voir par exemple sur l’excellent site de l’université de Laval, au Québec. Quand, sur un territoire, deux langues cohabitent, mais que l’une d’elle est favorisée au détriment d’une autre, c’est naturellement vers la plus puissante que les populations se tournent“.

« Un discours étriqué, minimaliste et néocolonial » : la phrase n’est pas celle de Gilles Simeoni ou Jean-Guy Talamoni, mais celle de Périco Légasse, rédacteur en chef de Marianne. Macron a été humiliant et absent de ce rendez-vous avec la Corse sur la forme et sur le fond. Par exemple, il a refusé de se rendre à la mairie de Bastia pour rencontrer les élus, préférant organiser un déjeuner dit républicain en préfecture. Tout un symbole qui a entraîné l’absence des élus autonomistes et nationalistes à ce déjeuner. Dans un communiqué, le maire de Bastia, Pierre Savelli a regretté le «refus» du Président, malgré des demandes réitérées, de s’entretenir à l’Hôtel de Ville avec le Maire et l’ensemble des élus.

En Corse, Macron s’est montré fidèle à lui-même : pédant et arrogant. Aux aspirations et aux difficultés des Corses, il a répondu par le conservatisme et plus de centralisation avec, en filigrane, les subventions comme seuls intérêts de la Corse et de son économie. Lorsque l’on parle à Macron d’avenir humain, il répond par des chiffres et, lorsqu’il utilise les mots, il accumule les symboles, les lieux communs, les incantations et les fausses certitudes. Derrière l’écume de sa pensée, le fond est toujours le même. Il est jupitérien, jacobin, conservateur et ultralibéral. Son pacte girondin n’était qu’une expression, un leurre,  le cache-sexe de ses convictions jacobines.

N’oublions pas que le produit médiatique Emmanuel Macron est coulé dans le moule de l’ENA (même s’il s’en défend). Il fait preuve de conformisme intellectuel, sans personnalité et sans convictions affirmées. Sa formule “en même temps” en est l’illustration. Il choisit le confort “apparent” des formules convenues reprises. Il a son  propre vocabulaire. Il a tendance aussi à tirer les questions posées vers la restitution de “fiches” préalablement établies et étudiées. Il essaie de faire passer des vessies pour des lanternes et pratique la dialectique éristique pour avoir toujours raison per fas et nefas ( par tous les moyens possibles) et. jusqu’à la malhonnêteté intellectuelle.

Pour reprendre des termes pédants utilisés par Macron, aucun signe de disruption, dans un discours où il fut beaucoup question de 4G et de fibre, de sécurité et d’hôpitaux, d’agriculture bio et d’Internet… Il a récité un palimpseste, un discours éculéqui sera à son tour effacé et repris par n’importe quel jacobin parisien. Il n’a rien compris de l’ipséité corse. Il oppose un ultralibéralisme à l’illibéralisme, même en Corse, tout en se montrant illibéral lorsqu’il s’agit d’autonomie. Il est certain que l’on ne peut pas le taxer d’irénisme naïf car ce n’est pas la paix et la concorde qu’il est venu chercher en Corse. Par contre, il a tendance à prendre les Corses pour des naïfs et il est naïf de le penser. Il a fait preuve d’un œcuménisme poujadiste d’un autre temps. Macron n’est pas moderne, à moins de faire de la modernité un mot de la novlangue qui la présente comme un idéal supposant que soient intériorisées les précieuses valeurs occidentales du libéralisme économique. Macron a son vocabulaire, sa grammaire et sa syntaxe. Sa grammaire est l’ultralibéralisme. Il vide les mots de leur sens, en élimine et en réinvente d’autres. Pour cela deux langues lui suffisent le français et l’anglais. Pour lui, le corse doit faire partie du folklore. Il va jusqu’à dire que les résultats de l’apprentissage de la langue corse ne sont pas à la hauteur des investissements réalisés. Il met un prix sur tout. Là, encore c’est son cynisme qui ressort et sa manière de vouloir toujours culpabiliser les gens qui n’entrent pas dans ses projets si ce n’est pour les casser.

Dans la partie de bonneteau que Macron leur a jouée, les élus  corses n’ont rien trouvé sous les gobelets  de la co-officialité de la langue, du statut de résident et du sort des prisonniers corses. Ils ont reçu comme une obole politique, l’avis favorable de Macron à la mention de la Corse dans la constitution. L’autoritarisme est la réponse globale aux revendications portées par la majorité territoriale de Corse. A la demande de « plus de responsabilités et plus d’autonomie », Emmanuel Macron apporte comme solution  « plus d’Etat français», plus de contrôle administratif et plus de police..

Pour information, Jean-Luc Mélenchon s’est exprimé à titre personnel et s’est dit favorable à l’inscription de la Corse, comme l’Outre-mer, à l’article 74 de la constitution. Par contre il a affirmé son jacobisme assumé tout en refusant l’inscription de la Corse à l’article  72 de la Constitution, ce qui mènerait selon lui “à un démembrement de la République française”. Mélenchon a même accusé Macron de vouloir utiliser la Corse comme “cheval de Troie” pour aboutir à des statuts différents, région par région. Tout comme le chef de l’Etat a “instauré un code du travail à géométrie variable”. Mélenchon s’est montré opposé à la co-officialité des langues  s’il y a “une intention discriminatoire” qui conduirait par exemple “à réserver certains emplois à ceux qui parlent corse”. Enfin pas question, pour lui,  de parler de prisonniers politiques: “Je récuse absolument ce concept, il n’y a pas de prisonniers politiques en France, s’il y en avait, ça se saurait”, a-t-il déclaré à la presse. En résumé la position de Jean-Luc Mélenchon est très proche de celle de Macron  et la différenciation sur les articles de la constitution est de pure forme car aucune proposition n’a été faite, sur ce point, par Macron.. Jean-Luc Mélenchon s’était réjoui du résultat des dernières élections en jouant contre son propre camp. Il avait salué le score des autonomistes et des nationalistes. Il faut croire que sa joie n’était pas une adhésion à leur programme mais le contentement d’avoir saboté la campagne électorale de celles et ceux qui avaient pourtant soutenu, en Corse, sa candidature pour les deux dernières élections présidentielles.

Jean Poli

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