Les ordonnances vont bon train

 Par Pierre Henri Manfredi :

La chorale des éditorialistes et experts de tous poils s’est mis au diapason pour fustiger le statut des cheminots qui ne leur permet pas de jouir d’une juste précarité du petit peuple des salariés du privé. Cela rappellerait presque l’ORTF, qui diffusait la seule opinion du gouvernement. N’en doutons pas, ensuite ce sera le statut des fonctionnaires qui sera la cible chez les David Pujadas, Bruce Toussaint et Yves Calvi où les meilleurs pseudo-experts, les plus grands éditorialistes du landerneau parisien se relaient actuellement pour saluer la réforme ferroviaire du gouvernement qui se fera à la hussarde et par ordonnances. Le cuisinier élyséen Emmanuel Macron et son marmiton de Matignon font leur tambouille ultralibérale qui devra être ingurgitée de gré ou de force: une cuillérée pour le Medef, une cuillérée pour maman Merkel…  Macron est montré comme un “puissant réformateur” et les syndicats ne sont plus des forces de progrès mais porteurs de conservatisme. Et oui ! Les acquis sociaux sont des conservatismes. L’exigence du changement veut que les salariés s’habituent à la précarité, à des petits salaires avant d’accepter des petites retraites tardives.

Que l’on ne se trompe pas ! La bataille du rail qui s’engage n’est pas celle uniquement  des cheminots et leur combat ne sera pas seulement celui pour leurs intérêts professionnels, catégoriels ou personnels, aussi légitimes soient-ils. Il s’agit de l’avenir de la SNCF mais aussi de celui des prochaines cibles.

Brader Alstom aux Américains et aux Allemands, ça c’est fait. Balancer bientôt Airbus aux mêmes, ça c’est en cours. Non seulement Macron est l’artisan de la désindustrialisation de la France mais, en plus, il y associe la casse du code du travail et de tous les statuts spéciaux et, dans son viseur, celui de la fonction publique. Pour lui, tout doit être commercialisé dans le secteur privé et pas que les trains. Il s’attaquera aux secteurs de la santé, de l’éducation et  de la sécurité. Son modèle est celui de la finance et des dividendes. Apôtre du nivellement social, il concerte pour la forme avant de passer en force, aidé par des campagnes médiatiques de propagande gouvernementale. Avec lui, les ordonnances vont bon train.

Pour arriver à ses fins, Macron œuvre à diviser les Français, à les monter les uns contre les autres.  Il insécurise au lieu de récréer un projet mobilisateur basé sur le respect des avancées sociales. Il suffit de citer un exemple récent lors de son passage au Salon de l’agriculture. C’est ce qui s’appelle tirer le social vers le bas, en montant les uns contre les autres… “On ne peut pas avoir d’un côté des agriculteurs « qui n’ont pas de retraite » et des cheminots embauchés avec le même statut qu’il y a 50 ans” a dit le président de la République. C’est la méthode Macron: “diviser pour régner” et selon le dicton ” Si tu veux tuer ton chien, tu l’accuses d’avoir la rage”. Ce n’est pas improvisé puisque ces propos sont tombés quelques jours avant l’intervention télévisée de son Premier Ministre sur la fin du statut spécial des cheminots rendue nécessaire, selon lui, par les mauvais résultats de la SNCF… Sauf que le PDG des chemins de fer a annoncé par la suite une hausse record des  bénéfices et du nombre des voyageurs.

La SNCF fait des bénéfices. Ils ont même plus que doublé en 2017. En présentant les résultats financiers ce mardi matin, le PDG a annoncé le chiffre de 1,33 milliard d’euros. Même en déduisant des déductions fiscales, la SNCF affiche un bilan très honorable dû à la hausse générale de la fréquentation : +10% pour les TGV et + 4,7% pour les TER. Une progression attribuée grâce à la baisse des tarifs (article ICI )

Face à une opposition éclatée et des syndicats affaiblis, Macron accélère. Il empile les textes de lois, amoncelle les décrets, multiplie les décisions : il a choisi de foncer. “Chaque fois que l’on peut aller vite, allons vite” explique Édouard Philippe cité par le Canard enchaîné. Sous prétexte que a démocratie est trop lente, il ne laissera aucune trêve à l’opposition et aux syndicats qui, divisés, ont pris l’habitude de temporiser pendant qu’une majorité “En marche” ( et donc mise au pas )  vote tous les textes sans le moindre amendement venant d’une opposition assignée à ne faire que de la figuration. Désormais, la majorité des textes de loi sont examinés selon la procédure d’urgence, qui permet de ne faire qu’une seule lecture par chambre, et non deux comme le veut la pratique normale… devenue l’exception. Dès lors, comment imaginer un débat démocratique satisfaisant? Celui qui est désigné doit marcher » disait Péguy. Il est encouragé par la partie servile des médias à coups de sondages bidons, d’arrogance cassante de la caste et de capitulations des syndicats dits réformistes.

Ne vous laissez pas intimider. Quelles que soient les formes de lutte que vous choisirez, rappelez-vous que les seuls combats que l’on perd sont ceux qu’on refuse de livrer.

Pierre-Henri Manfredi

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