Les violences illégitimes en question. Par Jean Poli

Ces 10 derniers jours ont été marqués par des puissantes manifestations contre les violences policières et pour les libertés. Elles se sont déroulées aux Etats Unis et dans de nombreuses villes de France. Nous recevons d’un internaute Jean Poli cette analyse que nous publions sur notre site.

Au moment où le député de la « Droite radicale » Eric Ciotti et quelques élus présentent une proposition de loi pour interdire de photographier des policiers, c’est grâce à un appareil photo et un petit film qu’une grave violence policière a été vue par tous aux USA et dans le monde. Un Noir américain a été étouffé pendant huit minutes lors de son interpellation malgré ses cris de détresse.

Ils étaient quatre policiers américains dont l’un compressait le cou de Georges Flyod avec un genou sans tenir compte des appels désespérés du supplicié. Deux autres policiers étaient sur ce dernier et un quatrième assurait leur protection. Aucun n’est intervenu pour sauver la victime. Le policier qui l’a étouffé avec son genou était un multirécidiviste des violences. Ce meurtre a déclenché des manifestations et des émeutes avec pillages. Les autorités ont mis du temps pour incarcérer le coupable. Toutefois, au-delà de la responsabilité personnelle de ce policier américain et de ses trois collègues, cette affaire met en évidence le déni des autorités lorsqu’il s’agit de violences policières illégitimes, voire gratuites. Ce déni encourage les fautifs à rester violents.

Le meurtre de Georges Floyd renvoie à des affaires en France et à l’usage du placage ventral avec genou sur le cou. Cela a fait resurgir des images et notamment l’affaire Adama Traore mais aussi celle du livreur  Cédric Chouviat qui est mort en janvier dernier après un contrôle routier. Ce dernier avait une fracture du larynx. Mais tout cela évoque aussi les violences subies par les manifestants et notamment l’usage abusif des LBD et des grenades de désencerclement.

Devant les violences illégitimes, la vérité se heurte au déni voire la complicité des autorités hiérarchiques et politiques. Les autorités répliquent aux blessures et aux morts causées par la police en parlant des blessures et des morts subies par la police. C’est une façon hypocrite d’évacuer les violences illégitimes ou gratuites. Pourtant les policiers et les gendarmes sont tenus à respecter un code de déontologie (https://www.interieur.gouv.fr/Le-ministere/Deontologie) qui permet des sanctions administratives et surtout le code pénal qui fait de la qualité de policier ou de gendarme une cause d’aggravation des violences.

Toute personne appréhendée est placée sous la protection des policiers ou des gendarmes et préservée de toute forme de violence et de tout traitement inhumain ou dégradant. C’est donc l’impunité (hiérarchique et politique) et l’omerta professionnelle qui conduisent certains policiers à mal se comporter et à se montrer violents sans justification. Ils causent de graves dégâts humains et portent ainsi atteintes à tous leurs collègues qui restent dans la légalité républicaine. Il faudrait sans doute que la formation soit davantage contrôlée et que l’IGPN passe sous le seul contrôle de la Justice avec un magistrat à sa tête.  

Le policier et le gendarme doivent accomplir leurs missions en toute impartialité sous menace de sanctions. Selon le code de déontologie, Ils doivent accorder la même attention et le même respect à toute personne et n’établir aucune distinction dans leurs actes et leurs propos de nature à constituer l’une des discriminations énoncées à l’article 225-1 du code pénal. Ils ont donc des responsabilités individuelles mais la multiplication des dérives met en évidence des responsabilités hiérarchiques et politiques. Ce sont les politiques qui fabriquent les lois liberticides en menaçant la démocratie et les droits de l’homme. Si une loi interdit de photographier les policiers et les gendarmes, les preuves des violences illégitimes ne seront plus possibles et cela renforce une impunité déjà facilitée par le refus d’afficher leurs matricules (RIO) par les policiers.

Jean Poli

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On peut se poser aussi la question de l’IGPN. Des centaines d’enquêtes sans aucune suite, cela interroge.
je conseille à tous de lire la lettre aux policiers de leur préfet de police de l’époque, Monsieur Maurice Grimaud, un grand préfet républicain. Pourtant c’était en mai 1968 et les choses n’étaient pas simples à gérer.
 

Un article argumenté. Nous devons réagir en tant que citoyen à la volonté manifestée par de nombreux députés réactionnaires d’interdire l’usage des photos de policiers dans les manifs.