On vous a compris, mais on continue

Par Leonetti :

Macron s’est enfin décidé à tirer les enseignements du fameux « grand débat », en occultant au passage de parler du mouvement des gilets jaunes et des différentes revendications qu’il portait. Tout juste une petite larme pour compatir à la détresse de millions de Français. Il a donc évoqué, lors d’une conférence de presse à l’Elysée, le 25 avril, toute une série de mesures que certains de ses thuriféraires ont modestement qualifiées de fortes ! Il est resté fidèle à lui-même, modeste, simple, plein d’empathie pour les petites gens. Il a réaffirmé sa détermination de ne pas changer de cap. Ite missa est.  A-t-il convaincu beaucoup de monde ?  Certainement au regard des réactions non seulement des gilets jaunes, mais également de toute l’opposition politique et des organisations syndicales. Seule la macronie a serré les rangs derrière le locataire de l’Olympe.

Illusion quand tu me tiens

Sans entrer dans le détail, quelles sont ces mesures « fortes » ?

La ré-indexation des retraites sur l’inflation jusqu’à 2000 euros de revenus par mois, à compter de l’année prochaine. C’est une petite avancée, du moins en apparence. Pourquoi ? Tout simplement parce que les quelques euros récupérés par les retraités concernés seront vite digérés par un train d’augmentations qui s’abat sur les ménages (hausses des cotisations mutualistes, du gaz, de l’électricité, etc.). Et puis ça permet de créer la zizanie entre les retraités, entre ceux qui vont bénéficier de la mesure et ceux qui en sont exclus.

On habille Pierre pour déshabiller Paul

Autre mesure. La réduction de l’impôt sur le revenu pour les première et deuxième tranches. Elle serait appliquée à partir de janvier 2020. Elle serait étendue à l’ensemble des contribuables en 2021. Elle concernerait 15 millions de foyers fiscaux. Cette mesure est entourée d’un flou artistique. Ce sont les ministres concernés qui auront la rude tâche d’en affiner le contenu. Mais quand on est dans le flou, c’est qu’il y a un loup. Comment financer cette réduction d’impôt ? On ressort une vieille technique. On habille Pierre pour déshabiller Paul. Macon préconise donc de supprimer certaines niches fiscales spécifiques aux entreprises ? Lesquelles ? On outre, il envisage de baisser les dépenses publiques, vieille obsession de la droite et du patronat. A quelle hauteur et dans quels secteurs ? Rappelons à nos gouvernants que nous ne souffrons pas trop de dépenses publiques, mais plutôt du contraire. Voir, entre autres, l’état de l’Education nationale, de la justice, du secteur public hospitalier. Dans le même temps, notre Jupiter national ne veut pas réintroduire l’impôt sur les grandes fortunes.   Ou s’attaquer  enfin à l’évasion fiscale, évaluée à 100 milliards par an ! Il est vrai que tous ces « cadeaux » aux plus riches, aux multinationales vont ruisseler et seront investis massivement dans l’appareil de production français. On peut toujours croire au père Noël, même en cette fin du mois d’avril.

Rien sur le pouvoir d’achat

Autres annonces du président Macron. On va supprimer l’Ena. Belle affaire qui va remplir d’aise les smicards et autres personnes qui n’arrivent pas à boucler les fins de mois.  Le vote blanc ne sera pas pris en compte dans les suffrages exprimés. Le referendum d’initiative civile est rejeté d’un revers de main. On se contentera  du referendum d’initiative populaire, déjà prévue par la loi. Le nombre de députés serait baissé de 20 à 30%. Il est également prévu l’introduction d’une petite dose de proportionnelle pour les législatives. On est sauvé.

Dans sa logorrhée notre président a tout simplement omis de parler de l’augmentation du Smic, du relèvement des petites pensions, de la transition écologique, de l’ensemble des problèmes soulevés par les gilets jaunes, les syndicats, les partis de gauche. Une fois de plus il s’est affirmé comme le représentant des riches et des multinationales. Cerise sur le gâteau, il nous demande travailler plus et plus longtemps. Pas touche aux 62 ans. Mais avec le nouveau système de décote et l’accroissement du nombre de trimestres nécessaires on sera obligé de travailler encore quelques années au-delà. Ce sera d’autant plus vrai pour les nouvelles générations qui vont entrer plus tardivement dans le monde du travail.

Tout cela relève de la contre-réforme et d’un fantastique recul social. Et c’est comme cela qu’on la prétention de changer la France ! Au fait quelle France ?

Une seule solution s’impose. Continuer la lutte pour un vrai changement de cap. Un changement comme en 1983, mais à l’envers.

On ne lâche rien.

Angelo Leonetti

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