Point de vue sur la situation politique

Par Dylan Champeau :

Il est nécessaire à la veille de cette élection à la députation européenne, d’analyser la situation politique de notre pays dans le prisme du combat de gauche à travers les enjeux à venir, mais avant tout en tirant les enseignements du passé. 

L’adage « d’où parles-tu camarade ? » est inévitable, de quelle gauche parle-t-on et finalement, qu’est-ce la gauche au XXIème siècle ? Le terme gauche résonne dans mes propos comme une force de progrès tant d’un point de vue social qu’écologique, mais ce progrès nécessite de barrer complètement à tribord le navire, c’est-à-dire qu’un changement radical est nécessaire : un changement de système. C’est la remise en cause du capitalisme, système où domine le pouvoir de l’argent sur celui de l’être vivant, y compris la nature. 

La question de la violence parmi les moyens employés afin de changer de système n’est, à mon sens, plus d’actualité. En effet je crois en la révolution citoyenne, thématique qui a émergé au début des années 2000 en Équateur : il s’agissait d’abord d’un slogan de Rafael Correa (ex-Président de l’Equateur). Cette thématique est apparue centrale dans le processus de conquête du pouvoir, il s’agit d’opérer une véritable révolution en possédant pour unique arme le savoir et la réflexion collective comme réponse aux problèmes politiques. Jean-Luc Mélenchon déclarait en 2010 “La révolution citoyenne, c’est une révolution dans les têtes et dans les coeurs et pas seulement dans le quotidien de la lutte sociale et politique.”Ainsi, le pouvoir s’obtiendrait par un processus de politisation, de conscientisation et de réflexion débouchant à une alternative par les urnes. 

Point historique sur la gauche 

La gauche qui était hier le camp de la lutte pour les travailleurs à travers les différentes conquêtes pour les congés payés, pour la diminution du temps de travail hebdomadaire à 39h puis 35h. En effet l’être humain doit aussi s’épanouir plutôt que de vivre en esclave pour satisfaire aux exigences de production. 

La gauche est le camp de la dignité en accordant aux plus faibles d’entre nous des prestations leurs permettant de vivre décemment, cela nous rappellent que la France est une République Sociale comme cela est consacré par l’article 1er de notre Constitution. La gauche c’est également la sécurité sociale en 1946. Il faut rappeler le poids de la gauche dans l’histoire à l’heure où les partis de gouvernement s’inquiètent davantage pour la situation économique des plus riches que pour les conditions dans lesquelles vivent les plus pauvres.

Voilà des décennies que la gauche, celle comme définie précédemment, n’est plus en mesure de mener le front et de faire changer de cap pour diverses raisons que je vais évoquer rapidement. Il y a d’abord eu le Parti Socialiste qui, en 1983 épouse l’économie de marché et par conséquent ne remettait plus en cause le système capitaliste, on parle aujourd’hui du « tournant de la rigueur ». 

En 1989, le 9 novembre très exactement, le mur de Berlin s’effondre, l’on découvre officiellement la réalité de la vie à Berlin Est. Dès lors, l’URSS se verra décrédibiliser en Occident jusqu’à sa chute, ceux qui rêvaient alors de l’idéologie communiste se voyaient salis par ce qui était fait en son nom. Coup dur pour la gauche de transformation sociale en France, en Europe plus globalement. Le Parti Socialiste a largement contribué à l’échec de la gauche, lui qui pendant des années à gouverner en France : des mairies, des régions, des départements… Tout n’est pas à jeter évidemment, mais si la gauche est à la plage qu’elle occupe aujourd’hui c’est surtout car elle n’a pas été à la hauteur des espérances. 

D’une phase de conquête sociale au XXème siècle, survint alors une phase de défense sociale : les mouvements sociaux concentrent leurs forces à défendre les droits acquis plutôt qu’à obtenir de nouveaux droits. Cela s’explique par l’incapacité à gauche de créer un espoir nouveau après l’échec, d’un point de vue purement politique, des années Mitterrand. 

Nous voilà dans cette situation depuis prêt de 30 ans, toutes les batailles sur le plan social ont visé à préserver des droits acquis, avec de surcroît une gauche affaiblie par son absence d’autocritique. 

Le contexte actuel

Les enjeux sont de taille face à nous : l’enjeu climatique qui devrait être la priorité des politiques à mener est sans cesse relégué au second rang. La climat social, lui aussi est délétère. Il s’agit, comme les Gilets Jaunes l’ont soulevé, de la problématique « Fin du monde, fin du mois : même combat ». 

Ces deux enjeux doivent être traité en priorité. Mieux, ils doivent être traité de paire car pour sauver la planète il faut que chacun change ses modes de production et de consommation, à commencer par les grandes entreprises qui représentent à elles seules plus de 70% d’émission de gaz à effet de serre. Il faut taxer fortement les entreprises qui ne font pas d’efforts, mais également encourager celles qui jouent le jeu. 

Si rien ne change sur le plan social, comment exiger que les plus démunis contribuent à ce défi alors même qu’ils tentent eux-mêmes de survivre ? Encore une fois, la solution est de vaincre le chômage, de permettre une rémunération décente, de vaincre le mal logement, etc. L’Etat doit impulser ces politiques, il faut plus que jamais investir dans la transition énergétique afin de sortir de l’énergie nucléaire. Si les centrales nucléaires produisent de l’énergie proprement, ce sont les déchets nucléaires qui représentent une véritable menace sur l’environnement. Produire autrement créerait aux alentours du million d’emplois, utiles de surcroît, et répondrait en partie au problème du chômage. En ce qui concernent les politiques sociales, le financement doit se faire par une lutte accrue contre ceux qui fraude au fisc. La fraude fiscale représente plus de 100 milliards d’euros par an, des centaines de familles qui préfèrent exiler leur argent plutôt que de payer à la patrie qui leur a permis une éducation gratuite, des soins quasi-gratuit ou encore la fierté d’appartenir à cette grande nation. 

Les gilets jaunes : le réveil citoyen 

Le 17 novembre dernier le mouvement de contestation sociale, les Gilets Jaunes, débutait une série de samedis jaunes. Des revendications qui portaient initialement sur la taxation, notamment de l’essence, avant de s’élargir à de nombreux sujets : referendum d’initiative citoyen, baisse des impôts, remise en place de l’ISF pouvait-on également entendre, sans jamais négliger l’écologie et l’enjeu climatique. Une période historique, une période intense de politisation où la politique aura été remise au cœur de la société : sa place initiale. Or les acteurs n’étaient plus les mêmes, il s’agissait véritablement du peuple cette fois-ci et non plus de ses représentants. Le décalage entre ces deux derniers qui faisait déjà soupçon c’est véritablement avéré. Malgré le grand débat mis en place par le président Macron, le décalage des deux mondes demeure, le décalage entre le peuple et la caste politique. 

Il s’agit donc de trouver des solutions pour résoudre cette crise démocratique. Là encore, la gauche aurait du donner du sens à ses convictions, proposer des alternatives et se rendre au service du peuple. De nombreuses formations politiques proposent déjà une 6ème République pour renouer le lien entre gouvernants et gouvernés. Sur les questions plus politiques que constitutionnelles aussi la gauche avait des réponses : augmentation des tranches d’imposition pour une meilleure justice fiscale, rétablissement de l’ISF…

Il en va de même pour les organisations syndicales, comment se fait-il que les Gilets Jaunes aient pu rassembler autant plusieurs mois durant alors même que la CGT peine à mobiliser ? 

Je crois qu’il faut analyser les Gilets Jaunes comme une volonté de rupture entre la vieille politique et qu’il s’agit d’innover. Au cours de mon propos je parlais d’un phénomène de politisation intense autour des ronds-points, à mon sens c’est le point le plus important de cette époque. Les gens se mettent en mouvement, en réflexion collective, ils pensent au futur ensemble. C’est la définition parfaite de la révolution citoyenne, elle naît au cœur des ronds-points au coin du feu de palettes allumés une nuit d’hiver, elle rassemble des milliers de gens dans le pays : des gens qui se retrouvent après tant d’années où la politique était synonyme de désespoir et de désillusion, finalement ils sont la politique. Dans cette époque de politisation s’est également exprimée une forme de rejet du vieux monde et par conséquent de ses organisations politiques, syndicales. Les gilets jaunes ont porté l’intérêt général dans leurs revendications, à mon sens c’est également l’objet d’une organisation politique de gauche, mais si cette dernière n’a pas été en mesure de convaincre les Gilets Jaunes il faut sans doute se référer au rapport historique, des compromissions et des déceptions notamment par la gouvernance du Parti Socialiste du pays peuvent expliquer ce rejet. Il s’agit pour la gauche de renouer avec les intérêts populaires et de redonner sens à la politique, celle qui s’est exprimée sur les ronds points. 

La gauche n’est pas morte comme certains s’obstinent à le dire , mais l’enjeu majeur de la gauche dans les années à venir sera de créer l’espoir en proposant une alternative au capitalisme destructeur, il s’agira de mettre cap vers l’horizon en bousculant le système en place pour remettre l’humain et la nature au centre de la politique plutôt que le fric et l’immigration. C’est l’enjeu de la gauche, au delà c’est un enjeu pour la planète.

La gauche doit se refonder, la gauche doit se retrouver. Voilà l’enjeu d’un camp politique qui prétend changer la vie des gens, changer le monde. Loin des guerres de clocher, il faut rappeler qu’une alternative est possible en dehors du duel Rassemblement National / En Marche, cette alternative n’est pas à l’ordre du jour et c’est déplorable, au lendemain des élections européennes il sera nécessaire de tirer un bilan des années passées pour être fort dans le futur. 

Pour que la révolution citoyenne fasse son chemin, la politique populaire doit exister, gage à la gauche de la faire vivre ! 

Dylan Champeau

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