« Si personne ne bouge, rien ne se passe »

Par Pascale Larenaudie :
Pascale Larenaudie

Cent cinquante et un féminicides en 2019 en France, 15 féminicides au 2 mars 2020[1]. Ces annonces funestes des violences faites aux femmes qui s’égrènent mois après mois permettent-elles d’interpeller les consciences et de changer les mentalités. 

De véritables combats que la femme mène au quotidien et dans son quotidien. Pugnacité et détermination constituent sa force quand la société a peine à se débarrasser du modèle du patriarcat, archaïque et dépassé aujourd’hui, modèle qui fait pourtant encore le jeu d’un système néolibéral faisant son lot quotidien de victimes.

L’action des « colleuses », comme celle des femmes de « Collage Féminicides Ajaccio » déterminées à ce que cela cesse, s’engage sur cette voie incontournable de l’émancipation, de la liberté et de la dignité retrouvée. Parcourant les rues, elles délivrent des messages chocs pour informer car « Si personne ne bouge, rien ne se passe » et parce que « le silence tue ».

A la veille du 8 mars 2020, journée internationale des femmes, la situation des femmes dans le monde reste toujours une actualité brulante. La défense des droits humains est une cause internationaliste, quand aujourd’hui au Brésil avec Jair Bolsonaro, aux États-Unis avec Donald Trump et dans bien d’autres pays les femmes voient leurs droits à disposer d’elles-mêmes mis en en cause et pire criminalisés. Des exemples, il en existe pléthore et force est de constater malheureusement que la balance penche vers un recul des droits des femmes dans le monde.

L’histoire le prouve, les femmes ont appris à ne pas baisser la garde. Certaines ont donné leur vie, d’autres ont pratiqué la désobéissance civile, on prendra pour exemple récent la résistance des femmes kurdes luttant en première ligne contre l’État islamique, on se révoltera cependant du sort fait aux kurdes (enfants, femmes et hommes) qui aujourd’hui sont abandonnés et jetés sur les routes de l’exode…. Les femmes sont aussi les premières exposées aux violences terribles et meurtrières engendrées par les conflits, guerres etc. comme en témoigne le docteur congolais Denis Mukwege, prix Nobel de la paix en 2018.

N’oublions pas que le 8 mars, c’est toute l’année.  Mais cette journée, à elle seule, reste un hommage marquant à toutes ces femmes anonymes ou non, silencieuses ou pas dans le monde qui résistent aux oppressions, violences, agressions, harcèlements en tous genres, discriminations.

En France, même si les droits des femmes ont évolué depuis les dernières décennies, au fil de luttes âprement disputées et bien que nous soyons au 21ème siècle, ces derniers restent toujours fragiles et subissent régulièrement des attaques.

Nous ne voulons plus compter nos sœurs mortes

Pour exemple et à l’échelle du temps, il y a seulement un peu moins de 80 ans que les femmes obtenaient, en France, le droit de vote et d’éligibilité. C’était en 1944.

Olympe de Gouges, considérée comme une des pionnières du féminisme français, rédigeait en 1791 la « Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne ». La femme n’a depuis eu de cesse de défendre sa liberté et son indépendance pour assoir ses droits dans la constitution : Éducation, contraception, avortement, IVG, droit de vote, travail, égalité salariale, mesures contre les violences faites aux femmes, harcèlement etc.  

En pleine actualité, la nouvelle réforme des retraites, le gouvernement et les « analystes d’État », annoncent les femmes « grandes gagnantes ». Ne soyons pas dupes, il faut lire entre les lignes pour s’apercevoir qu’à nouveau elles seront les « grandes perdantes ». 

Salaire et durée de carrière sont les deux composantes principales du calcul de la pension. Or le travail des femmes est encore aujourd’hui très précarisé. L’allongement de la durée de cotisation pour accéder à une pension à taux plein, on le sait, est largement défavorable aux carrières courtes qui concernent en majorité les femmes du fait d’interruptions dans la vie professionnelle (maternité…), des emplois à mi-temps (80% des salarié-e-s à temps partiel sont des femmes) … Les écarts trop élevés de salaires comparés à ceux des hommes subsistent toujours, de ce fait les retraites sont moins élevées, sans parler des pensions de réversion remises en cause.

Le chemin vers l’égalité est encore long et sinueux. Les femmes le savent. De leurs capacités elles n’ont rien à prouver car elles sont de tous les combats. Elles construisent l’histoire et ce n’est pas fini.

Pour Toutes, cette chanson écrite et chantée par Jean Ferrat, à lire et à écouter ou réécouter.

Le poète a toujours raison

Qui voit plus haut que l’horizon

Et le futur est son royaume.

Face à notre génération,

Je déclare avec Aragon :

La femme est l’avenir de l’homme.

Entre l’ancien et le nouveau,

Votre lutte, à tous les niveaux,

De la nôtre est indivisible.

Dans les hommes qui font les lois,

Si les uns chantent par ma voix,

D’autres décrètent par la bible.

Le poète a toujours raison

Qui détruit l’ancienne oraison

L’image d’Ève et de la pomme.

Face aux vieilles malédictions,

Je déclare avec Aragon :

La femme est l’avenir de l’homme !

Pour accoucher sans la souffrance,

Pour le contrôle des naissances,

Il a fallu des millénaires.

Si nous sortons du moyen âge,

Vos siècles d’infini servage

Pèsent encore lourd sur la terre.

Le poète a toujours raison

Qui annonce la floraison

D’autres amours en son royaume.

Remets à l’endroit la chanson

Et déclare avec Aragon :

La femme est l’avenir de l’homme !

Il faudra réapprendre à vivre,

Ensemble écrire un nouveau livre,

Redécouvrir tous les possibles.

Chaque chose enfin partagée,

Tout dans le couple va changer

D’une manière irréversible.

Le poète a toujours raison

Qui voit plus haut que l’horizon

Et le futur est son royaume.

Face aux autres générations,

Je déclare avec Aragon :

La femme est l’avenir de l’homme

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